Les 2 Minutes du peuple, quand musique rime avec comique

La maîtrise de la musique suscite généralement respect et admiration. Le Canadien François Pérusse, pour sa part, s'est inspiré de son expertise en la matière pour en faire une source comique.

Upopi s'intéressant aux images et aux sons en mouvement, son attention devait se porter un jour sur l'œuvre purement sonore (mais très imagée) de François Pérusse qui, en termes de mouvement, se pose là : les "capsules" (au nombre de plusieurs centaines à ce jour) qui composent sa série radiophonique Les 2 Minutes du peuple frappent par leur dynamisme, dû à leur format court, à la verve de leur auteur et au travail précis et inventif de ce dernier sur la vitesse de défilement des sons, particulièrement de la parole. Grâce à ce travail, Pérusse peut à lui seul "donner voix" à l'ensemble des personnages qui composent sa petite Comédie humaine.

Créée en 1990, la série Les 2 Minutes du peuple aborde des sujets très divers, avec une prédilection cependant pour tout ce qui se rapporte à la musique. Multi-instrumentiste, François Pérusse ne perd pas une occasion d'évoquer le monde musical, dans toutes ses manifestations.

Ainsi, la première des deux capsules suivantes porte sur les affres d'un compositeur en mal d'inspiration, et la seconde sur les problèmes que pose une chanson dont les paroles sont mal dosées par rapport à la musique censée les accompagner — c'est une des multiples variations de François Pérusse sur les manifestations musicales extrêmes, ou déformées. (À noter que le studio d'enregistrement, avec ses us et coutumes, est un "décor" privilégié des 2 Minutes du peuple.)

 

Dans l'extrait sonore suivant, une rupture amoureuse s'exprime sous la forme d'une chanson accompagnée à la guitare. François Pérusse a consacré plusieurs de ses capsules à des musiciens amateurs : pour les évoquer sur un mode comique, mais sans condescendance, sans doute fallait-il un musicien accompli. La deuxième capsule de cet extrait sonore donne à entendre un sermon dans une église, ce qui permet à Pérusse de s'amuser à reconstituer une ambiance sonore particulière, toute de réverbération. Dans ces deux capsules, on retrouve une autre marotte pérussienne : la contamination de la vie par la musique, et inversement, soit qu'une expérience vitale doive forcément chez lui s'exprimer en chanson, soit que les paroles d'une chanson et l'expérience en cours des personnages entretiennent des rapports mimétiques.

 

La capsule qui suit, consacrée à la découverte par un couple des fonctionnalités d'une chaîne Hi-Fi fraîchement achetée, donne à François Pérusse l'occasion d'exercer son sens de la dérision sur une technologie sonore excessivement sophistiquée.

 

Une caractéristique de l'œuvre comique de François Pérusse est son penchant pour la pédagogie musicale, même si celle-ci prend des tours très fantaisistes (confinant au poétique) et fort peu académiques. Ici, cette pédagogie porte sur une finale typique de la musique jazz, puis sur les cuivres (dans la série des capsules portant sur les instruments de musique).

 

Le goût de François Pérusse pour la musique ne pouvait que l'amener à pasticher les chanteurs qu'il aime (ou ceux qu'il aime moins, auxquels ils lancent régulièrement des piques drolatiques : Patrick Bruel, C. Jérôme, Lara Fabian, Francis Lalanne, Michel Sardou, les 2Be3, etc.). Mais sur ce point également, il sait faire preuve d'inventivité, comme dans cette chanson censurée attribuée à Georges Brassens (lequel, dans la réalité, fit effectivement les frais de la censure à plusieurs reprises). Pérusse aime également à créer des chansonnettes dont le ton de comptine ou de jingle publicitaire contraste avec des textes triviaux (voire grivois) : ainsi de cette chanson à propos des "petites bêtes".

 

Enfin, les deux extraits de capsules suivants (qui, au sein des 2 Minutes du peuple, proviennent de la série La Maison Slangster, satire des films de maison hantée) témoignent du sens qu'a François Pérusse de ce qu'on appelle en linguistique le métalangage, et des effets comiques qu'il sait en tirer : ici, il épingle les conventions musicales du cinéma fantastique.

 

Jean-François Buiré, février 2016.