Demeures de salauds - 3. La maison qui se cache

Danger : Diabolik ! (Diabolik, 1968) de Mario Bava

Danger : Diabolik ! est un bijou pop des années 1960, basé sur une série de fumetti (bandes dessinées italiennes). Dans la version cinématorgaphique, Diabolik (John Phillip Law) vit dans un repère sous-terrain impressionnant qui semble contenir, avec trente ans d’avance, le projet de la gare de TGV Lyon-Satolas tel qu'il a été conçu par l'architecte espagnol Santiago Calatrava Valls. Tout en gardant un design très original, ce décor s’inspire de la « cave » d’un autre héros de bande dessinée, Batman, et des films de James Bond alors très en vogue.

Photogrammes Danger : Diabolik !




James Bond contre Dr No
(Dr. No, 1962) de Terence Young

Depuis le premier des films consacrés à l’agent secret 007, Ken Adam, le set designer qui a inventé le style visuel si caractéristique de la série, n’hésite pas à combiner un mobilier assez convenu avec des installations improbables, comme la grande fenêtre avec vue sur les fonds marins dans le salon souterrain du maléfique Docteur No, lequel salon est juxtaposé à une salle de contrôle high-tech qui en impose par son architecture avant-gardiste, digne d’un film de science-fiction.

Ken Adam (1921-2016) a créé des décors pour environ cinquante films, dont sept de la série des James Bond et deux pour Stanley Kubrick : Docteur Folamour (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, 1964) et Barry Lyndon (1975). La Deutsche Kinemathek a publié l’intégralité de ses croquis et concepts : https://ken-adam-archiv.de

Photogrammes James Bond contre Dr No




On ne vit que deux fois
(You Only Live Twice, 1968) de Lewis Gilbert

Le véritable chef d’œuvre de l’architecture du mal est le palais souterrain d'Ernst Stavro Blofeld dans On ne vit que deux fois, également conçu par Ken Adam. L’énorme base secrète de notre scélérat est cachée dans un volcan et contient entre autres un dispositif de lancement de capsule spatiale, un monorail, une piste d’atterrissage pour hélicoptère et un écran géant (nous sommes en 1968 !). Le poste de commandement, avec sa combinaison audacieuse de béton brut et de roche granuleuse, ne cache pas ses analogies avec la basilique souterraine Saint-Pie X de Lourdes. Ken Adam apporte le même soin aux espaces privés de Blofeld, dans lesquels il combine avec maestria un mobilier classique avec une architecture épurée en béton et en bois et des passerelles en inox. Il ose les mélanges les plus incongrus, tel ce sextant un peu anachronique sur une table ou le tableau d’un vieux maître au mur. Ces détails confèrent aux intérieurs des méchants une touche de réalisme, au sein d'un délire architectural bien maîtrisé.


L'espion qui m'aimait
(The Spy Who Loved Me, 1977) de Lewis Gilbert

Pour L'espion qui m'aimait, Ken Adam invente un étonnant bateau-sous-marin qui peut flotter et plonger dans les profondeurs de l’océan. C’est le refuge d’un misanthrope qui n’aime pas la compagnie, ni les visiteurs. Malgré cette hostilité apparente, Stromberg (Curd Jürgens), le propriétaire de cette pieuvre géante, possède un salon de réception impressionnant, avec tableaux et cheminée. La magie du cinéma permet ce genre d’absurdité : il serait évidemment impossible d’extraire d'un sous-marin la fumée d’une cheminée !


Auteur : Patrick T. Klein, architecte. Ciclic, 2018.

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