Nouvelle Vague en série

Si les cinéastes qu'on réunit sous l'appellation « Nouvelle Vague » ont été très connus et parfois très aimés (du moins par toute une partie du public cinéphile), on ne peut pas dire qu'ils ont été vraiment populaires.

Certains de leurs premiers films — Le Beau Serge et Les Cousins de Claude Chabrol, Les Quatre Cents Coups de François Truffaut et À bout de souffle de Jean-Luc Godard — ont été de relatifs voire de francs succès à leur sortie en salles, mais d'autres se sont avérés beaucoup plus problématiques, ou confidentiels — Paris nous appartient de Jacques Rivette et Le Signe du Lion d'Eric Rohmer. En outre, Chabrol, Truffaut et Godard connaîtront à leur tour de cinglants échecs (dès, respectivement, Les Bonnes Femmes, Tirez sur le pianiste et Les Carabiniers). Dans l'ensemble, les cinéastes de la Nouvelle Vague n'ont pas été adoptés par le très grand public, ce que certains critiques et cinéastes en mal de cibles faciles leur ont toujours reproché.

La cinéphilie des Chabrol, Godard, Rivette, Rohmer et Truffaut s'est pourtant forgée au contact du cinéma le moins élitiste (l'hollywoodien, en particulier), et l'on retrouve dans certains de leurs propres films les traces d'une forme de récit populaire par excellence : la série. Envisageons, donc, la façon dont un « esprit de série » a pu se manifester chez chacun d'entre eux, malgré leur image de « cinéastes pour cinéphiles ».

 Auteur : Jean-François Buiré. Ciclic, avril 2016.

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