Upopi #19 : Silence, on détourne

Mashup, machinima, film suédé, supercut, vjing : autant de pratiques apparues ces dernières années dont Upopi rend compte régulièrement, qui consistent à reprendre et à transformer tout ou parties d'œuvres audiovisuelles préexistantes. Au royaume des images et des sons en mouvement, le détournement règne, qu'il s'agisse de parodie, de démarche critique ou de réinvention poétique.

Mine de rien, les pratiques de détournement audiovisuel ont une histoire, qui remonte  aux années 1920 : une frise chronologique se propose de la récapituler, ainsi qu'un texte-essai illustré sur la question.

En 1987, dans son moyen métrage Steps, le Polonais Zbigniew Rybczynski revisite (littéralement) la scène du massacre de l'escalier d'Odessa dans Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein, d'une façon très différente de Brian de Palma dans Les Incorruptibles, sorti la même année : on analyse ce détournement à la fois inventif, sidérant et malicieux d'une des séquences les plus célèbres de l'histoire du cinéma. Mais le détournement ne fut évidemment pas l'affaire exclusive du domaine audiovisuel : retour sur un de ses plus beaux précédents graphiques, le roman-collage Une semaine de bonté de Max Ernst.

Le film du moment est lui aussi fondé sur le découpage-collage, d'images cinématographiques dans son cas : Fast Film (2003) de l'Autrichien Virgil Widrich recrée à toute allure, comme son titre l'indique, un récit classique d'enlèvement, de sauvetage et de poursuite, au carrefour de l'expérimental et du sensationnel.

En compléments de programme, le réemploi inventif est toujours à l'honneur : un retour d'expérience témoigne de la façon dont des adolescents d'Indre-et-Loire se sont approprié des images d'archives amateurs, un cinéaste d'animation détourne une figurine Playmobil de sa fonction ludique initiale pour expliquer son travail et l'on rend hommage à Gotlib, mort dernièrement, qui fit souvent référence au cinéma dans ses bandes dessinées. Enfin, on envisage le cas d'une cinéaste pionnière, Esther Choub, qui fut une monteuse d'archives exemplaire, et fort peu "détournante" : sous régime soviétique, elle fit preuve à l'égard des images qu'elle montait d'un scrupule que ses commanditaires n'attendaient pas forcément d'elle.