UPOPI #20 : Au miroir des acteurs

Paradoxe sur le comédien (pour détourner le titre fameux de Diderot) : c'est en interprétant un être qui lui est, et qui nous est, plus ou moins autre et lointain que l'acteur, qu'on ne connaît pourtant qu'indirectement, via la scène ou l'écran, peut donner le sentiment d'offrir un reflet (éloquent, émouvant, dérangeant, limpide ou obscur) de notre propre personne, en même temps que de lui-même.

Depuis soixante-dix ans, l'Eldorado des acteurs américains s'appelle Actors Studio : il fallait bien une frise chronologique pour en retracer l'histoire, en évoquant ses figures les plus marquantes. Au cinéma comme au théâtre, il arrive fréquemment qu'un acteur joue plusieurs personnages dans une même œuvre : envisageons le cas inverse, beaucoup plus rare — lorsque, dans un film, un même personnage est interprété par plusieurs acteurs. Et quand une actrice telle que Rita Hayworth s'avère aussi, à l'occasion, une excellente danseuse, comment sa singularité d'interprète trouve-t-elle à s'exprimer dans les exigences du corps chorégraphié ? Le cas de Musidora est exemplaire à plus d'un titre : dès les années 1910, elle fut non seulement une star de cinéma mais aussi une actrice-réalisatrice, phénomène alors quasiment inédit et encore rare aujourd'hui.

Le court métrage du moment, Réplique d'Antoine Giorgini, explore avec intelligence et vivacité une question brûlante, au filtre du théâtre et des aspirations qu'il suscite : que se passe-t-il lorsque, dans les rapports de force et de classes de la société actuelle, un "emploi" (au sens que prend ce mot au théâtre et au cinéma) colle à la peau d'un jeune apprenti comédien ?

En compléments, on donne quelques pistes concernant le métier de comédien, et l'on revient sur sur deux évocations inoubliables du monde du spectacle vivant, l'une cinématographique et l'autre télévisuelle : To Be or Not to Be d'Ernst Lubitsch et le Muppet Show de Jim Henson !