Cameras Take Five, de Steven Woloshen

Résumé

Ouverture : la musique débute au commencement du film. Sur fond noir, le générique montre des lignes composant des mots réalisés avec de la peinture. Cette partie du générique présente des formes en rythme avec la batterie d’abord puis le piano, et enfin la contrebasse. L’apparition de ces instruments en lien avec les images donne une sensation d’éclats visuels : les coups de batterie et les frappes de piano agissent comme des impacts sonores, la cadence de la contrebasse rythmant l’apparition du générique.

Thème : dès que le saxophone, qui assure la mélodie du morceau, commence à jouer, d’autres formes abstraites entament leur mouvement. L’une verte l’autre rose, elles amorcent une sorte de dialogue, l’une s’animant, l’autre lui répondant. Croisements, glissements, torsades et dédoublements de lignes, spirales en rotation suivent le phrasé du saxophone alors qu’il joue le thème principal du morceau.

Premier solo : quand ce thème s’achève, la musique marque une rupture que Woloshen fait sentir en changeant la couleur du fond qui du noir passe au vert, au bleu, puis de nouveau au vert avant de redevenir noir. Cette modification de fond n’est pas tout à fait monochrome : des traces pointillistes donnent à ces passages un aspect granuleux et lumineux, différent du fond noir, en même temps que la tessiture de la musique, plus aiguë, a changé. La rupture de ton de la musique, le caractère joyeux, frétillant de cette partie trouvent un écho dans les fonds crépitants. Durant le reste du film, le fond restera noir, à l’exception de quelques impacts colorés.

Thème, 2 : au retour sur le fond noir correspond un retour du thème principal au saxophone, avec une nouvelle danse des motifs rose et vert.

Deuxième solo : le temps du solo de saxophone, ils laissent place à un motif blanc assortis de nouveaux ornements, des cercles, des taches, des étoiles, des signes rappelant des dessins enfantins, des jeux de disparition et de nombreuses métamorphoses. Les impulsions du motif blanc, accompagné d’apparitions fugaces du rose, amène même à créer des formes plus ou moins reconnaissables : feuille, pot, harpe, ailes…

Solo de batterie : pendant un solo de batterie, des lignes circulent de manière verticale, entrecoupées de taches colorées, marquant par cette direction unique la force de l’impact de cet instrument.

Thème, 3 : la courbe et le passage dans différents sens à l’intérieur de l’image reviennent avec le thème du saxophone : instrument plus chaud, plus arrondi, il est représenté en image avec plus de variations que la batterie. Sorte d’oiseaux virevoltants ou de feuilles prises dans le vent, les lignes se répandent dans l’image, l’occupant de manière très libre, semblablement aux envolées du saxophone. Contrairement au début, les lignes roses et vertes évoluent maintenant en duo dans une danse sensuelle, s’approchant, se séparant, s’unissant, inventant d’autres signes. Le saxophone ne joue ensuite plus que quelques notes tandis que viennent quelques lignes rampant au centre de l’écran pour constituer le générique de fin. Le film s’achève sur un « Good Night », laissant penser que le noir du fond était celui qui se répand à la faveur de la nuit, et que la courte pause ("take five" étant l’expression utilisée pour indiquer un court arrêt) est maintenant terminée : elle aura été le moment de fusion de couleurs. La sensation d’avoir assisté à un instant de temps suspendu, plongé au cœur de l’abstraction visuelle, est renforcée par le caractère ludique de ce film. Mais jouer n’est-ce pas une manière de s’extraire de la temporalité du réel ?

Dossier rédigé par Sébastien Ronceray, 2011


Cameras Take Five ainsi que neuf autres films de Steven Woloshen sont visibles sur le site du distributeur de cinéma expérimental Light Cone : http://www.lightcone.org/en/filmmaker-1153-steven-woloshen.html