Atelier 3 : la lumière

Enjeux pédagogiques

Découvrir le principe de la projection. Expérimenter l’agrandissement des images, la transparence et l’opacité. Travailler sur la notion de narration.

Conditions et matériel

  • Une salle que l'on peut plonger dans l'obscurité
  • Un appareil de projection : une lanterne magique dans l’idéal, ou un rétroprojecteur
  • Des plaques de plexiglas pour la lanterne magique, ou des rhodoïds pour le rétroprojecteur (un rhodoïd est une feuille de plastique transparente sur laquelle il est possible de dessiner, de peindre ou de coller des éléments)
  • Des feutres spéciaux pour dessiner sur rhodoïds
  • Des gommettes
  • Une lampe de poche
  • Un vidéoprojecteur ou une télévision
  • Un lecteur DVD.

Déroulement

Si les enfants ont assisté à une séance au cinéma, il faut prendre appui sur le souvenir de celle-ci pour aborder l’idée de projection.

La projection cinématographique nécessite de la lumière. Si l'on compare l'image de cinéma à l'image télévisuelle, on remarque que cette dernière vient de l'intérieur de l'appareil de diffusion : c'est une image captive. La lumière, et donc l'image, ne peuvent pas dépasser le cadre du téléviseur. Les images de cinéma ne proviennent pas de l'écran de cinéma, elles se posent sur celui-ci. On peut les « attraper », les arrêter avec sa main, et elles peuvent déborder de l'écran.

Voici une première expérience à mener pour aborder la notion de projection : avec une lampe de poche, on éclaire un mur. Que se passe-t-il si l’on met la main devant la lumière ? Pourquoi ? Les spectacles de théâtre d’ombres peuvent être rapprochés du cinéma : il y a un écran, de la lumière. C'est un des ancêtres du cinéma.

Si l'on dessine sur une feuille de papier, et si l'on met la feuille devant la lumière, que se passe-t-il, et pourquoi ? À quelle condition la lumière transporte-t-elle l’image dessinée jusque sur le mur ? Il faut que la lumière ne soit pas arrêtée sur son chemin. Le papier l’arrête, le carton aussi. Quel est le mot qui désigne une matière laissant passer la lumière, à travers laquelle on peut voir ? « Transparent ». Pour que la lumière puisse transporter une image, il faut que cette image soit sur un support transparent. Au cinéma, pendant très longtemps, ce support a été la pellicule, faite de plastique transparent. Mais quand, il y a plus de trois cents cinquante ans, on a eu l'idée de faire voyager des images grâce à la lumière, le plastique n’existait pas : on a donc dessiné sur des plaques de verre.

La machine qui permet de montrer des images sur un écran s’appelle un projecteur : les images sont « projetées ». Historiquement, le premier de ces projecteurs s’appelait "lanterne magique".

Pour projeter une image, il faut donc une image sur un support transparent et de la lumière. On enferme la lumière dans une boîte, on ménage un trou sur une des faces de celle-ci, on place l’image devant ce trou, la lumière « attrape » l’image et la porte jusqu’à l’écran. Il y a trois cent cinquante ans, quand l’électricité n’existait pas, quelle source de lumière utilisait-on ? Une bougie !

Pour projeter une image, il faut allumer le projecteur et mettre en place une image, mais aussi éteindre la lumière. Une image projetée se regarde de préférence dans le noir.

 Une lanterne magique
Une lanterne magique

Plaques de lanterne magique

Plaques de lanterne magique
Plaques de lanterne magique

On demande aux enfants de travailler sur des rhodoïds pour expérimenter par eux-mêmes le principe de projection, en mettant à leur disposition des gommettes et des feutres spéciaux pour ce support. Le rhodoïd colorié laissera passer la lumière et donc la couleur, les gommettes, opaques, créeront des taches noires sur l’écran. Selon le temps dont on dispose, cet exercice peut être une simple expérimentation autour des notions de transparence et d’opacité ou un travail plus long autour d’une histoire à mettre en images sur les rhodoïds. Ainsi, à la manière des spectacles de lanterne magique, les enfants peuvent imaginer une saynète simple, dessiner, colorier, et mettre en scène un décor sur rhodoïd ainsi que les personnages qui y vivent (qu’ils peuvent mettre en scène grâce à des gommettes). Cela permet d’avoir des éléments colorés (les feutres ou l’encre laissant passer la lumière) et des éléments noirs (les gommettes, même de couleur, sont opaques et produisent donc une ombre).

Il reste à projeter les images ainsi produites et à regarder avec les enfants les effets suscités. C’est le moment de parler de la notion d’agrandissement et donc de spectacle collectif. Les enfants ont dessiné une petite image qui, une fois projetée, devient plus grande, et visible par tous. C’est la même chose au cinéma : une toute petite image sur la pellicule et une grande image sur l’écran.

On peut finir l’atelier en montrant deux films d’animation : le premier, Aschenputtel, est une version de Cendrillon en ombres chinoises réalisée en 1922 par Lotte Reiniger, pionnière de cette technique au cinéma ; le second, Caprice en couleurs (Begone Dull Care), est un film peint sur pellicule réalisé par Norman McLaren en 1949.

Pour aller plus loin : le boniment, un travail sur la narration

Les spectacles de lanterne magique étaient accompagnés d’un bonimenteur, qui commentait les images mais aussi ce qu’il y avait entre les images : ce qu’on voyait, et surtout ce qu’on ne voyait pas. Cet aspect du spectacle de lanterne magique est intéressant à travailler avec les enfants. Après qu’ils ont dessiné les images, on peut leur demander, à la projection de celles-ci, de les commenter. Pour que l’exercice soit profitable, il faut prendre le temps de faire sortir les enfants de la description, vers laquelle ils tendent naturellement (il y a ça, et ça, etc.), pour tendre vers la narration. Les amener à se détacher de l’image et à en raconter les contours : ce qui s’est passé avant, ce qui se passera après, ce qu’il y a autour, derrière, etc.

Le fait que tout n'est pas dans l'image, et que la parole permet d'évoquer ce qui se passe en dehors d'elle, peut être abordé de la façon suivante : montrer aux enfants trois images d’un conte qu’ils connaissent (Le Petit chaperon rouge, par exemple) et leur demander de raconter l’histoire entière seulement avec ces trois supports visuels, les mots venant entre les images compléter ce qu’on ne voit pas, là où l’esprit peut vagabonder, imaginer, inventer. En outre, à partir de ces trois images, chaque enfant proposera sans doute un récit, une façon de raconter différents, même s'il s'agit du même conte.

Ressources pour l’atelier 3

Laterna magica, un site consacré à la collection de plaques de lanternes magiques de la Cinémathèque française.

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Autrice : Anne Charvin, chargée de missions à l'association « Les Enfants de cinéma ». Ciclic, 2016.