Atelier 7 : les trucages

Enjeux pédagogiques

Découvrir les premiers films à trucages. Toucher du doigt le fait qu’un film est une création et que ce que le spectateur voit à l'écran ne s'est pas forcément produit tel quel moment du tournage. Reproduire certains des premiers trucages de l'hsitoire du cinéma, pour en comprendre le principe.

Matériel 

  • Une caméra ou un appareil photo numérique qui permet de filmer
  • Un ordinateur
  • Un vidéoprojecteur
  • Une chaise
  • Quelques accessoires : chapeaux, écharpes, vestes, etc.

Déroulement

Cet atelier se déroule selon le principe « voir puis faire ». On regarde ensemble un film, on le commente, on repère les moments qui ont dû nécessiter des trucages, on discute collectivement de la façon dont le réalisateur a pu procéder et une fois les trucages compris, on les met en œuvre avec les enfants.

Introduction : qu’est-ce qu’un trucage ?

Les trucages rendent possible à l'écran des phénomènes impossibles dans la réalité. Lister avec les enfants certaines de ces choses a priori impossibles pour un être humain : voler, se transformer instantanément, disparaître, marcher sur les murs, etc. Dans un film, toutes ces choses peuvent se produire, parfois au moyen d'effets spéciaux très compliqués, mais parfois aussi grâce à des trucages relativement simples, qu'on va expérimenter dans cet atelier.

Georges Méliès, inventeur des premiers trucages

« Veut-on savoir comment me vint la première idée d’appliquer le truc au cinématographe ? Bien simplement, ma foi. Un blocage de l’appareil dont je me servais au début (appareil rudimentaire dans lequel la pellicule se déchirait ou s’accrochait souvent et refusait d’avancer) produisit un effet inattendu, un jour que je photographiais prosaïquement la place de l’Opéra ; une minute fut nécessaire pour débloquer la pellicule et remettre l’appareil en marche. Pendant cette minute, les passants, omnibus, voitures, avaient changé de place, bien entendu. En projetant la bande, ressoudée au point où s’était produite la rupture, je vis subitement un omnibus Madeleine-Bastille changé en corbillard et des hommes changés en femmes. Le truc par substitution, dit truc à arrêt, était trouvé... » (Georges Méliès, Revue du cinéma, 15 octobre 1929)

On peut commencer par raconter aux enfants cette belle anecdote, même si elle est sans doute légendaire. Si l'on désire en savoir plus sur Georges Méliès, on consultera ici un site riche d'éléments biographiques et filmographiques, ou ici un texte sur l'œuvre de ce cinéaste pionnier.

Premier trucage : l’arrêt de caméra (apparition, disparition, transformation)

Pour commencer un travail sur les trucages, on peut donner à voir un premier film de Méliès, d'un abord très simple : Escamotage d’une dame chez Robert Houdin (1896), puis un film un peu plus complexe afin de creuser la question du trucage par « arrêt de caméra » : Le Déshabillage impossible (1900).

Une fois que le premier film a été vu, on propose aux enfants de le « refaire ». Que va-t-on filmer ? Deux personnages et une chaise, dans un espace donné. Le premier personnage est un magicien, qui va faire disparaître le deuxième. Pour mettre en scène cette disparition, on va « fermer les yeux » de la caméra (l’éteindre) en faisant en sorte de la garder parfaitement immobile pendant que l’acteur quitte le cadre.

N.B. : il importe de faire comprendre aux enfants ce qu'est le cadre. À terre, on peut le délimiter avec du scotch, pour le rendre plus concret. La caméra voit-elle tout l'espace environnant ? Non, et ce que la caméra ne voit pas et n'enregistre pas, le spectateur ne le verra pas non plus. Insister sur cette idée : le spectateur ne voit que ce que la caméra a enregistré, même s’il s’est passé beaucoup d’autres choses pendant le tournage.

Il est parfois difficile de faire comprendre aux enfants que, pour sa part,  la personne qui joue le magicien ne doit pas bouger, pour que la caméra le retrouve exactement au même endroit et dans la même position que lorsqu’elle s’est arrêtée. Il est donc préférable que ce rôle soit tenu par un adulte.

On tourne la séquence et on montre le résultat aux enfants, dans la foulée. Ce qui n’était pas du tout spectaculaire au tournage le devient lorsqu'on regarde le film. Les trucages se fabriquent au tournage mais produisent leurs effets au moment de la projection. La magie n'apparaît qu'après coup, contrairement à un spectacle de prestidigitation où la magie semble s'exercer en direct, sous nos yeux.

Une fois que ce trucage par arrêt de caméra a été compris, on peut installer un dispositif très simple, afin que chaque enfant qui le souhaite puisse passer devant la caméra : un premier enfant vient s’asseoir sur la chaise, face à la caméra, et on l'escamote comme expliqué précédemment. Un deuxième enfant prend sa place, « disparaît » à son tour, et ainsi de suite.

Selon ce principe, on peut inventer avec les enfants toutes sortes de saynètes à base d'apparitions, de disparitions mais aussi de transformations. On peut aussi tenter de remettre en scène Le Déshabillage impossible.

La séance peut se terminer par le visionnage du Voyage dans la lune (1902), film plus long et plus abouti narrativement que les deux précédents, et mettant en scène plusieurs sortes de trucages.

Pour aller plus loin

  • Deuxième trucage : grand / petit

« Tu es assez grand pour comprendre que Grant Williams, l’acteur qui joue l’homme qui rétrécit, n’a pas rapetissé, que cet effet a été créé par un chef décorateur habile qui a fait construire un fauteuil énorme dans lequel pourrait s’asseoir un géant de quatre mètres, mais l’impact sur toi est néanmoins extraordinaire et troublant. Il n’y a là rien de compliqué, c’est juste une affaire d’ajustement d’échelle, et pourtant l’étonnement et la sensation de dislocation te submergent, te fascinent, te dérangent, comme si toutes les représentations du monde physique que tu avais supposées vraies jusqu’ici venaient d’être brutalement remises en question. » (Paul Auster, Excursions dans la zone intérieure, Actes Sud, 2014)

Photogramme de L'homme qui rétrécit, de Jack Arnold

Comment donner l’illusion qu’un personnage est très grand, ou au contraire minuscule ? Demander aux enfants si pour leur part ils sont grands ou petits. Ils sont petits par rapport à un adulte, mais grands par rapport à une fourmi : grandeur et petitesse sont relatives. Au cinéma, pour donner l’impression qu’un personnage est immense, on construit une toute petite maison. Si le personnage est censé être minuscule, on construit une maison géante !

Photogramme du film Alice, de Jan Svankmajer

S’il est compliqué de fabriquer une paire de ciseaux géante ou un immense fauteuil comme ce fut le cas pour le film de Jack Arnold L'homme qui rétrécit (1957), on peut créer avec les enfants un décor miniature, en s'inspirant du photogramme d’Alice (1988) de Jan Svankmajer qui présente l'héroïne éponyme regardant par l'ouverture d'une porte, le visage de la fillette couvrant toute la hauteur de celle-ci. Il suffit de fabriquer une maquette de porte miniature et de photographier les enfants à travers celle-ci, ou encore à travers les portes ou les fenêtres d'une maison de poupée.

  • Un trucage complémentaire : les positions impossibles

Si l'on dispose encore de temps, on peut s'intéresser à un troisième trucage, à condition de pouvoir accrocher une caméra ou un appareil photo en hauteur.

On visionne Kiriki, acrobates japonais (1907) de Segundo de Chomon, et l'on essaie de comprendre comment les acteurs peuvent effectuer de telles prouesses : la caméra, accrochée au plafond, filme en plongée le sol sur lequel les acteurs sont en fait allongés et effectuent leurs mouvements.

On peut consulter ici un article très intéressant à propos de Segundo de Chomon, et l'on trouve ici un tutoriel qui permet de réaliser ce type de trucage avec les enfants.

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Autrice : Anne Charvin, chargée de missions à l'association « Les Enfants de cinéma ». Ciclic, 2016.

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