John Ford, l'individu et le groupe

Les rapports entre individu et communauté sont au cœur du cinéma de John Ford : illustration en quelques images choisies et commentées.

L'œuvre de Ford — continent cinématographique à elle seule — est centenaire : sa première réalisation, The Tornado, date de 1917. Bien que l'essentiel de sa production muette ait a priori disparu, l'ampleur de sa filmographie reste intimidante. Pour l'évoquer, on a choisi de s'en tenir à un corpus restreint, celui de ses westerns parlants, dont on envisage ici plusieurs titres.

(Comme on peut le constater ci-dessous, John Ford n'a pas été gâté par la version française de ses titres originaux, souvent bien moins emphatiques et plus précis que leur traduction.)

Choix des images et textes : Jean-François Buiré. Ciclic, 2017.

 

La Chevauchée fantastique (Stagecoach, 1939), édité en vidéo par les Éditions Montparnasse.
Photo de plateau : les passagers d'une diligence forment un microcosme humain, reflet des forces et des faiblesses des démocraties alors en péril en Europe.



La Poursuite infernale (My Darling Clementine, 1946), édité en vidéo par 20th Century Fox.
Marshal de Tombstone, Wyatt Earp, interprété par Henry Fonda, ose inviter à danser la jeune femme venue de Boston, Clementine Carter. Construction d'une ville, formation d'un couple, moment de bonheur individuel et collectif.


Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache, 1948), édité en vidéo par Warner Bros.
Inspiré de George Armstrong Custer, le personnage incarné par Henry Fonda (à l'extrême droite) est obligé de participer à un rituel de danse collective : la petite communauté du fort où il est affecté tente littéralement de le faire rentrer dans le rang.



Le Fils du désert (Three Godfathers, 1948), édité en vidéo par Warner Bros.
Pour échapper à leurs poursuivants, trois hors-la-loi s'enfoncent dans le désert. Ils y recueillent un bébé orphelin et se mettent en devoir de le sauver coûte que coûte. Ici, le plus jeune du trio lit les instructions d'un manuel de puériculture trouvé dans un chariot bâché. Thème récurrent chez Ford : le devoir absolu de préserver la vie, particulièrement celle des nouveaux-nés.



La Charge héroïque (She Wore a Yellow Ribbon, 1949), édité en vidéo par Warner Bros.
Discussion serrée mais courtoise  autour des couleurs de l'empennage d'une flèche indienne : la garnison comme lieu de sociabilité. Notons le superbe bleu des uniformes ; dès le titre original du film, la couleur fonctionne comme signe de reconnaissance communautaire.



Le Convoi des braves (Wagonmaster, 1950), édité en vidéo par Warner Bros.
Deux maquignons acceptent de guider un groupe de Mormons vers leur « Terre promise ». Chemin faisant, cette communauté de réprouvés va en croiser d'autres, pour le meilleur et pour le pire : une tribu indienne, une famille de hors-la-loi et, sur cette image, un groupe de saltimbanques, vendeurs d'élixir.



La Prisonnière du désert (The Searchers, 1956), édité en vidéo par Warner Bros.
Image célèbre d'Ethan Edwards (John Wayne), héros complexe et tourmenté : à la fin du film, il reste sur le seuil de la communauté de nouveau réunie, tel Moïse qui, au crépuscule de sa vie, ne peut contempler la Terre promise qu'à distance.



Le Sergent noir (Sergeant Rutledge, 1960), édité en vidéo aux États-Unis par Warner Bros.
Sous les yeux de ses hommes, membres d'une unité de buffalo soldiers (soldats afro-américains de l'armée des États-Unis), un officier noir accepte de se laisser arrêter par un supérieur blanc qui, bien que convaincu de son innocence, est obligé de le faire comparaître dans un procès à charge. Malgré leur application à s'assimiler à la société des blancs en luttant avec eux contre un autre groupe ethnique (celui des tribus indiennes), les noirs restent en butte aux préjugés.



L'homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance, 1960), édité en vidéo par Paramount Pictures.
L'avocat venu de l'Est (James Stewart, au premier plan de dos) met sur pied une école idéale où se côtoient hommes et femmes, jeunes et vieux, Suédois, Mexicains et noirs, commerçants, cow-boys et anciens esclaves. L'idéalisme peut cependant recouvrir certains préjugés, de classe ou de race : le récit fordien est toujours dialectique.



La Conquête de l'Ouest (How the West Was Won, 1963), édité en vidéo par Warner Bros.
De cette fresque filmique aux semelles de plomb, tournée à plusieurs mains, Ford réalisa le seul épisode mémorable. Il s'agit ici du moment bouleversant où un jeune homme, parti la fleur au fusil à la guerre de Sécession et revenu de cette boucherie plein d'usage et de raison, découvre une tombe de plus dans le cimetière familial : celle de sa mère, qui n'a pas survécu au chagrin de son départ. Quand la communauté des vivants se déchire, celle des morts s'agrandit.



Les Cheyennes (Cheyenne Autumn, 1964), édité en vidéo par Warner Bros.
L'avant-dernier film de John Ford raconte la tentative d'un groupe de Cheyennes vaincus de quitter le territoire qui leur a été réservé par le gouvernement américain pour retourner sur leurs terres d'origine. L'image correspond au moment où cette communauté indienne s'est divisée, une partie ayant décidé, pour échapper au froid et à la faim, de se rendre à une garnison américaine où l'attend un sort funeste. Fondu enchaîné éloquent : la colonne des Cheyennes, en haut de l'image, disparaît peu à peu au profit de la cavalerie américaine, en bas.

Enregistrer