Histoire de l'écran à la première personne

Qu'est-ce qu'un cinéma à la première personne et comment "parler de soi" à l'écran ? Si tout film est prétexte à dire "je" en convoquant le monde sous un angle personnel, l'autobiographie filmée se caractérise quant à elle par la possibilité d'une lecture documentaire — "auto" : soi, "bio" : existence, "graphie" : écriture, enregistrement.

Cette "mise en je" n'est pas incompatible avec l'invention formelle : en témoignent des écritures variées tels que journaux filmés, carnets de voyage, pocket films ou webdocs. On ne saurait donc appréhender l'autobiographie filmée comme un genre spécifique, avec des traits distinctifs, qu'au risque de l'idéalisation ou de la normalisation. Considérons plutôt ce "souci de soi" (Michel Foucault) comme un fait anthropologique propre aux sociétés occidentales modernes. La démarche autobiographique engage l'individu dans un processus de recherche et d'expression qui a trois fonctions principales : repérage de soi, réparation psychique et relation à autrui.

Cette entreprise a un coût existentiel. Le je brouille les frontières du privé et du public, se risquant alors au jugement moral aussi bien qu'esthétique. Les idées reçues abondent à son sujet, témoignant d'une méconnaissance : il s'agirait d'un cinéma narcissique, mal fait ou sans style. En fait, l'autobiographie filmée n'a eu de cesse de démontrer, depuis les premiers gestes de cinéma, à la fois sa puissance de création formelle et son engagement dans le monde.

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